Référentiels

Quelle est la différence entre NIS2 et DORA ?

Réponse directe

NIS2 et DORA se recoupent largement, mais ne sont pas interchangeables. NIS2 (Directive (UE) 2022/2555) est une directive de cybersécurité qui couvre de nombreux secteurs ; DORA (Règlement (UE) 2022/2554) est un règlement propre au secteur financier. Pour le risque TIC d’une entité financière, DORA prime généralement en tant que loi spéciale, et NIS2 reste pertinent au-delà.

NIS2 et DORA sont deux cadres européens de cybersécurité et de résilience opérationnelle entrés en vigueur à peu près au même moment et qui se recoupent largement, mais ils ne sont pas interchangeables. NIS2 (Directive (UE) 2022/2555) est une directive transsectorielle de cybersécurité couvrant de nombreux secteurs ; DORA (Règlement (UE) 2022/2554) est un règlement spécifique au secteur financier pour la résilience opérationnelle numérique. Lorsque les deux pourraient s’appliquer à la même organisation, DORA prime généralement pour le risque TIC dans les services financiers en tant que loi plus spécifique (le principe de lex specialis). Une entité financière peut donc être dans le périmètre des deux, DORA régissant son risque TIC et NIS2 restant pertinent dans la mesure où DORA ne couvre pas. Les deux diffèrent par l’instrument, le périmètre et le niveau de précision. NIS2 est une directive transposée en droit national (en France, la loi de transposition n’était pas encore définitivement adoptée en octobre 2026, et l’ANSSI y est désignée comme autorité). DORA est un règlement d’application directe et uniforme dans l’UE, supervisé par l’AMF et l’ACPR pour les entités françaises. NIS2 couvre de nombreux secteurs ; DORA se limite aux entités financières et à leurs prestataires TIC. DORA est aussi plus prescriptif sur les détails TIC (registre d’informations, TLPT) que les mesures plus générales de gestion des risques de NIS2. Pour une entité financière concernée par les deux : déterminez d’abord vos obligations DORA pour le risque TIC, car elles sont les plus spécifiques et prescriptives. Puis vérifiez ce que NIS2 ajoute au-delà de la couverture DORA pour votre organisation.

Comment les deux textes règlent-ils le chevauchement ?

La règle figure dans les deux textes. L’article 1er, paragraphe 2, de DORA prévoit que, pour les entités financières identifiées comme entités essentielles ou importantes en vertu des dispositions nationales transposant l’article 3 de NIS2, DORA est un acte juridique sectoriel de l’Union aux fins de l’article 4 de NIS2.

L’article 4, paragraphe 1, de NIS2 en tire la conséquence : lorsqu’un acte juridique sectoriel impose à des entités essentielles ou importantes d’adopter des mesures de gestion des risques en matière de cybersécurité ou de notifier des incidents, et que ces exigences ont un effet au moins équivalent, les dispositions pertinentes de NIS2 ne s’appliquent pas à ces entités, y compris la supervision et l’exécution du chapitre VII. Le considérant 28 de NIS2 est explicite sur DORA : ses dispositions sur la gestion du risque lié aux TIC, la gestion et la notification des incidents liés aux TIC, les tests de résilience opérationnelle numérique, le partage d’informations et le risque lié aux prestataires tiers de services TIC s’appliquent à la place de celles de NIS2.

L’exclusion a ses limites. L’article 4, paragraphe 1, précise que NIS2 continue de s’appliquer aux entités d’un secteur que l’acte sectoriel ne couvre pas. Et selon l’article 2, paragraphe 10, de NIS2, les entités qu’un État membre a exclues de DORA en vertu de son article 2, paragraphe 4, sortent aussi du champ de NIS2.

Quelles entités financières relèvent des deux, et qu’est-ce qui les rattache encore à NIS2 ?

NIS2 ne vise qu’une partie du secteur financier. Son annexe I couvre le secteur bancaire (établissements de crédit au sens de l’article 4, point 1, du règlement (UE) n° 575/2013) et les infrastructures des marchés financiers (opérateurs de plateformes de négociation et contreparties centrales). Les assureurs, les entreprises d’investissement, les établissements de paiement et la plupart des autres entités financières de l’article 2, paragraphe 1, de DORA ne figurent pas dans les annexes de NIS2 : pour elles, seul DORA entre en jeu. Voir à qui s’applique DORA.

Pour les banques et les infrastructures de marché qui relèvent des deux, le lien avec NIS2 ne disparaît pas. Le considérant 28 demande aux États membres de maintenir le secteur financier dans leurs stratégies de cybersécurité et permet aux CSIRT nationaux de le couvrir. Selon l’article 19, paragraphe 6, de DORA, l’autorité compétente transmet les détails des incidents majeurs liés aux TIC aux autorités compétentes, points de contact uniques ou CSIRT désignés au titre de NIS2, et l’article 19, paragraphe 1, permet aux États membres d’exiger que les entités leur adressent aussi directement leurs rapports. L’article 47 organise la coopération entre les autorités DORA et le groupe de coopération NIS2.

Comment se comparent la notification des incidents et les sanctions ?

Les deux régimes notifient en trois temps, mais avec des délais et des seuils différents. Selon l’article 23, paragraphe 4, de NIS2, un incident significatif donne lieu à une alerte précoce dans les 24 heures après en avoir pris connaissance, à une notification d’incident dans les 72 heures et à un rapport final dans un délai d’un mois (voir la notification des incidents NIS2). Sous DORA, l’incident est d’abord classé comme majeur selon les critères de l’article 18. L’article 5 du règlement délégué (UE) 2025/301 exige ensuite la notification initiale dans les quatre heures suivant ce classement et au plus tard 24 heures après la prise de connaissance de l’incident, un rapport intermédiaire dans les 72 heures suivant la notification initiale, et un rapport final au plus tard un mois après le dernier rapport intermédiaire (voir la notification des incidents DORA).

Les sanctions sont construites différemment. L’article 34 de NIS2 fixe des plafonds minimaux d’amendes : au moins 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial total pour les entités essentielles, et 7 millions d’euros ou 1,4 % pour les entités importantes. L’article 50 de DORA confie aux États membres les sanctions administratives et mesures correctives, fixe les pouvoirs minimaux des autorités compétentes et permet au droit national de les étendre aux membres de l’organe de direction et aux autres personnes responsables de l’infraction.

Qu’en est-il des prestataires TIC des entités financières ?

Ici, les deux régimes se cumulent au lieu de se remplacer. Un fournisseur de services d’informatique en nuage, de centre de données, de services gérés ou de services de sécurité gérés peut être une entité essentielle ou importante au titre de NIS2 en tant que tel (annexe I, infrastructure numérique et gestion des services TIC). Ce n’est pas une entité financière, donc DORA ne l’écarte pas de NIS2.

Dans le même temps, DORA atteint ce prestataire par ses clients financiers : les clauses contractuelles de l’article 30, le registre d’informations et, pour les prestataires désignés comme critiques au titre de l’article 31, une surveillance directe par les autorités européennes de surveillance. L’article 47 prévoit une coordination entre autorités DORA et NIS2 pour les entités essentielles ou importantes également désignées comme prestataires tiers critiques de services TIC.

Comment Acuna GRC s’en charge

Sources

  1. Directive (UE) 2022/2555 (NIS2), considérant 28, articles 2, 4, 23 et 34, annexe I
  2. Règlement (UE) 2022/2554 (DORA), articles 1er, 18, 19, 30, 31, 47 et 50
  3. Règlement délégué (UE) 2025/301 de la Commission, article 5 (délais des rapports sur les incidents majeurs liés aux TIC)

Cette page explique les règles en termes généraux et ne constitue pas un conseil juridique.

Questions fréquentes

NIS2 s’applique-t-elle aux assureurs ?

Pas en tant qu’entités financières. NIS2 vise le secteur bancaire et les infrastructures des marchés financiers dans son annexe I, sans secteur de l’assurance : les assureurs et réassureurs relèvent de DORA. Un assureur pourrait toutefois entrer dans NIS2 par une autre activité listée dans les annexes.

Une banque conforme à DORA l’est-elle aussi à NIS2 ?

Pour les matières couvertes par DORA, l’article 4 de NIS2 écarte ses dispositions sur la gestion des risques, la notification des incidents, la supervision et l’exécution : c’est la conformité DORA qui compte. Les CSIRT nationaux et les autorités NIS2 peuvent néanmoins recevoir des informations sur ses incidents majeurs par le biais de l’article 19 de DORA.

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