Qu’est-ce que NIS2 et à qui s’applique-t-il ?
NIS2 (Directive (UE) 2022/2555) est la directive européenne sur la cybersécurité pour les entités essentielles et importantes. Elle étend le périmètre de NIS1, introduit des exigences de sécurité renforcées en vertu de l’article 21, et impose le signalement des incidents dans les 24 heures (alerte précoce), 72 heures (notification) et un mois (rapport final). Les entités essentielles comprennent l’énergie, les transports, le secteur bancaire, la santé, l’eau et l’infrastructure numérique. Les entités importantes couvrent les services postaux, la gestion des déchets, la chimie, l’alimentation, l’industrie manufacturière et les fournisseurs numériques comptant 50 employés ou plus, ou un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros ou plus. Acuna cartographie les articles NIS2 sur les contrôles, gère le risque de la chaîne d’approvisionnement et suit les délais de signalement des incidents.
À qui s’applique NIS2 ?
NIS2 (Directive (UE) 2022/2555) s’applique aux organisations publiques et privées qui exercent leur activité dans l’un des secteurs listés dans ses annexes et qui atteignent un seuil de taille, en général les organisations de taille moyenne et supérieure. Les organisations concernées sont classées en entités essentielles ou entités importantes — distinction qui détermine l’intensité de la supervision et le niveau des sanctions, et non l’existence des obligations. Comme NIS2 est une directive, le périmètre précis est fixé par la transposition nationale de chaque État membre. En France, la directive a été transposée par la loi de programmation militaire (LPM) et la loi organique relative à la LPM (LOPMI), avec l’ANSSI comme autorité nationale de cybersécurité.
NIS2 distingue deux niveaux. Les entités essentielles sont les plus grandes organisations des secteurs à criticité maximale ; les entités importantes, le reste du périmètre. Les deux niveaux doivent respecter les mêmes obligations fondamentales de gestion des risques et de signalement. La différence porte sur la supervision : les entités essentielles font l’objet d’une supervision proactive ex ante, les entités importantes d’une supervision réactive ex post, généralement après un incident ou des signes de non-conformité.
NIS2 organise les secteurs couverts en deux annexes. L’annexe I liste les secteurs à haute criticité : énergie, transports, banque, infrastructures des marchés financiers, santé, eau potable et eaux usées, infrastructure numérique, gestion des services TIC, administration publique et espace. L’annexe II couvre d’autres secteurs critiques : services postaux et de courrier, gestion des déchets, produits chimiques, alimentation, fabrication de certains produits, fournisseurs numériques et recherche.
Quelle est la différence entre NIS2 et DORA ?
NIS2 et DORA sont deux cadres européens de cybersécurité et de résilience opérationnelle entrés en vigueur à peu près au même moment et qui se recoupent largement, mais ils ne sont pas interchangeables. NIS2 (Directive (UE) 2022/2555) est une directive transsectorielle de cybersécurité couvrant de nombreux secteurs ; DORA (Règlement (UE) 2022/2554) est un règlement spécifique au secteur financier pour la résilience opérationnelle numérique. Lorsque les deux pourraient s’appliquer à la même organisation, DORA prime généralement pour le risque TIC dans les services financiers en tant que loi plus spécifique — le principe de lex specialis. Une entité financière peut donc être dans le périmètre des deux, DORA régissant son risque TIC et NIS2 restant pertinent dans la mesure où DORA ne couvre pas.
Les deux diffèrent par l’instrument, le périmètre et le niveau de précision. NIS2 est une directive transposée en droit national — en France via la LPM et la LOPMI, sous la supervision de l’ANSSI. DORA est un règlement d’application directe et uniforme dans l’UE, supervisé par l’AMF et l’ACPR pour les entités françaises. NIS2 couvre de nombreux secteurs ; DORA se limite aux entités financières et à leurs prestataires TIC. DORA est aussi plus prescriptif sur les détails TIC — registre d’informations, TLPT — que les mesures plus générales de gestion des risques de NIS2.
Pour une entité financière concernée par les deux : déterminez d’abord vos obligations DORA pour le risque TIC, car elles sont les plus spécifiques et prescriptives. Puis vérifiez ce que NIS2 ajoute au-delà de la couverture DORA pour votre organisation.
Comment fonctionne la notification des incidents au titre de NIS2 ?
En vertu de l’article 23 de NIS2, les entités essentielles et importantes doivent signaler les incidents significatifs à leur CSIRT national ou à l’autorité compétente par étapes : une alerte précoce dans les 24 heures suivant la prise de connaissance de l’incident, une notification d’incident plus complète dans les 72 heures, et un rapport final dans le mois suivant cette notification. En France, l’ANSSI est l’autorité nationale de cybersécurité chargée de recevoir ces signalements. Un incident est significatif s’il a causé ou est susceptible de causer une perturbation opérationnelle grave ou une perte financière importante, ou s’il a affecté d’autres personnes par des dommages matériels ou immatériels considérables. Ces délais sont fixés à l’article 23(4) de la directive et sont identiques dans chaque État membre.
La structure par étapes permet aux autorités d’obtenir un signal rapide, puis une image complète au fil de la résolution. Le délai de signalement ne commence qu’une fois l’incident qualifié de significatif — d’où l’importance d’une classification rapide et exacte, autant que du signalement lui-même.
Le signalement est une séquence, et non un dépôt unique : alerte précoce à 24 heures, notification à 72 heures avec une évaluation plus détaillée, rapport final dans le mois couvrant la cause racine et les mesures d’atténuation. Si l’incident est toujours ouvert au bout d’un mois, vous déposez un rapport d’avancement puis un rapport final une fois résolu.
Que doit contenir une checklist de mise en conformité NIS2 ?
Un programme de conformité NIS2 se résume à quelques éléments bien exécutés : confirmer si vous êtes dans le périmètre et à quel niveau, mettre en place les mesures de gestion des risques de l’article 21, organiser la détection et le signalement par étapes des incidents, traiter la sécurité de la chaîne d’approvisionnement, et obtenir l’approbation et la supervision de l’organe de direction. La checklist ci-dessous couvre les domaines essentiels ; elle ne remplace pas les exigences transposées en droit français via la LPM et la LOPMI, qui ajoutent les spécificités nationales.
Déterminer le périmètre et le niveau : confirmer si vous êtes concerné, dans quel secteur des annexes I ou II, et si vous êtes une entité essentielle ou importante.
S’enregistrer auprès de l’autorité : respecter les obligations d’enregistrement et d’information fixées par la transposition française, auprès de l’ANSSI.
Mettre en œuvre les mesures de l’article 21 : déployer les dix catégories de mesures de gestion des risques — analyse des risques et politique de sécurité, gestion des incidents, continuité d’activité et gestion de crise, sécurité de la chaîne d’approvisionnement, sécurité dans l’acquisition et le développement, politiques d’évaluation de l’efficacité, cyberhygiène de base et formation, cryptographie, ressources humaines et contrôle d’accès, authentification multifacteur et communications sécurisées.
Organiser le signalement des incidents : construire le processus de détection, classification et signalement par étapes exigé par l’article 23, et identifier votre CSIRT ou autorité compétente.
Traiter la sécurité de la chaîne d’approvisionnement : évaluer et gérer la sécurité de vos fournisseurs et prestataires directs, comme l’exige l’article 21.
Obtenir l’approbation de l’organe de direction : en vertu de l’article 20, l’organe de direction approuve les mesures de gestion des risques, les supervise et peut être tenu responsable.
Pourquoi NIS2 varie-t-il selon les pays ?
NIS2 est une directive, et non un règlement, ce qui signifie qu’elle ne s’applique pas directement. Chaque État membre de l’UE doit la transposer en droit national, et c’est ce droit national que vous respectez réellement. Le délai de transposition était fixé au 17 octobre 2024, mais les États membres ont transposé à des rythmes et avec des spécificités différents. En France, la transposition s’est opérée via la loi de programmation militaire (LPM) et la loi organique relative à la LPM (LOPMI), avec l’ANSSI comme autorité nationale de cybersécurité. Pour une organisation multi-pays, cette variation nationale est la caractéristique pratique déterminante de NIS2.
C’est la différence de nature la plus marquante entre NIS2 et DORA. DORA, en tant que règlement, est uniforme dans toute l’UE et supervisé par l’AMF et l’ACPR pour les entités financières françaises. NIS2, en tant que directive, constitue un socle commun que chaque pays met en œuvre dans sa propre législation.
Une directive fixe les objectifs que chaque État membre doit atteindre, mais laisse la forme et les modalités aux gouvernements nationaux. Deux organisations du même secteur dans des États membres différents peuvent faire face à des variations en matière d’enregistrement, de modalités de signalement et d’approche de supervision.
Pour une organisation mono-pays en France : identifiez la loi de transposition nationale et l’ANSSI comme autorité compétente, et conformez-vous à ce droit. Pour une organisation multi-pays : cartographiez le socle commun NIS2 une fois, puis suivez les écarts nationaux par État membre.