Quelle est la règle de notification des violations de données en 72 heures au titre du RGPD ?
Réponse directe
En vertu de l’article 33 du RGPD, le responsable de traitement doit notifier la violation de données personnelles à l’autorité de contrôle compétente (en France, la CNIL) dans les meilleurs délais et, si possible, dans les 72 heures après en avoir pris connaissance, sauf si la violation est peu susceptible d’engendrer un risque pour les personnes.
Lorsque la violation est susceptible d’engendrer un risque élevé, le responsable doit également informer les personnes concernées en vertu de l’article 34. Le délai court à partir de la prise de connaissance, et non de la fin de l’investigation ; l’article 33(4) autorise une notification par étapes au fur et à mesure que les faits se précisent. Toute violation doit être documentée en vertu de l’article 33(5), qu’elle atteigne ou non le seuil de notification.
Qu’est-ce qu’une violation de données à caractère personnel ?
L’article 4, point 12, du RGPD définit la violation de données à caractère personnel comme une violation de la sécurité entraînant, de manière accidentelle ou illicite, la destruction, la perte, l’altération, la divulgation non autorisée de données à caractère personnel transmises, conservées ou traitées d’une autre manière, ou l’accès non autorisé à de telles données. Le CEPD le rappelle : toute violation de données est un incident de sécurité, mais tout incident de sécurité n’est pas une violation de données.
Les lignes directrices 9/2022 du CEPD distinguent trois types de violation, qu’une même violation peut cumuler :
- Violation de la confidentialité : divulgation ou accès non autorisé ou accidentel à des données personnelles.
- Violation de l’intégrité : altération non autorisée ou accidentelle de données personnelles.
- Violation de la disponibilité : perte d’accès ou destruction accidentelle ou non autorisée de données personnelles.
C’est la violation de disponibilité que les équipes oublient le plus souvent. Dans l’exemple du CEPD d’une clé USB perdue contenant des données personnelles non chiffrées, le responsable ne saura peut-être jamais si quelqu’un a lu les données, mais la perte constitue à elle seule une violation de disponibilité et doit être notifiée.
À quel moment exact le délai de 72 heures commence-t-il ?
Pour le CEPD, le responsable du traitement a pris connaissance de la violation lorsqu’il a un degré raisonnable de certitude qu’un incident de sécurité s’est produit et a compromis des données personnelles. Après une première alerte, une courte période d’investigation pour établir s’il y a bien violation ne vaut pas prise de connaissance, mais cette investigation doit commencer au plus vite. Une enquête plus approfondie peut suivre la notification.
Lorsqu’un sous-traitant détient les données, l’article 33, paragraphe 2, l’oblige à prévenir le responsable du traitement dans les meilleurs délais après en avoir pris connaissance. Le CEPD considère qu’en principe le responsable a pris connaissance de la violation dès que le sous-traitant l’en a informé, et recommande aux sous-traitants d’alerter rapidement puis de compléter l’information par étapes. Le sous-traitant n’évalue pas d’abord le risque : cette évaluation revient au responsable du traitement.
Si la notification parvient à l’autorité après 72 heures, l’article 33, paragraphe 1, exige qu’elle soit accompagnée des motifs du retard.
Que doit contenir la notification, et à qui l’adresser ?
Selon l’article 33, paragraphe 3, la notification doit au moins :
- décrire la nature de la violation, y compris si possible les catégories et le nombre approximatif de personnes concernées et d’enregistrements de données concernés ;
- indiquer le nom et les coordonnées du délégué à la protection des données ou d’un autre point de contact ;
- décrire les conséquences probables de la violation ;
- décrire les mesures prises ou envisagées pour y remédier et en atténuer les éventuelles conséquences négatives.
Elle est adressée à l’autorité de contrôle compétente selon l’article 55. En cas de traitement transfrontalier, le CEPD indique qu’il faut notifier l’autorité de contrôle chef de file, qui n’est pas forcément celle du pays des personnes concernées ni du lieu de la violation. Un responsable du traitement non établi dans l’UE mais soumis au RGPD en vertu de l’article 3, paragraphe 2 ou 3, ne bénéficie pas du guichet unique par son représentant : il doit notifier chaque autorité de contrôle de l’État membre où résident des personnes concernées. Le CEPD a ajouté ce point dans la version 2.0 de ses lignes directrices, adoptée le 28 mars 2023.
Quand faut-il aussi informer les personnes concernées ?
L’article 34 s’applique lorsque la violation est susceptible d’engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes. La communication emploie des termes clairs et simples, décrit la nature de la violation et contient au moins le point de contact, les conséquences probables et les mesures prises. Elle n’est pas requise lorsque :
- les données touchées étaient protégées par des mesures qui les rendent incompréhensibles pour toute personne non autorisée à y accéder, comme le chiffrement ;
- des mesures ultérieures garantissent que le risque élevé n’est plus susceptible de se matérialiser ;
- elle exigerait des efforts disproportionnés, auquel cas une communication publique ou une mesure similaire tout aussi efficace la remplace.
L’autorité de contrôle peut exiger du responsable qu’il informe les personnes concernées s’il ne l’a pas fait.
D’autres régimes ont leurs propres délais. En Suisse, la nLPD demande d’annoncer au PFPDT dès que possible une violation susceptible d’entraîner un risque élevé (voir la checklist de conformité nLPD), et une entité financière peut aussi devoir notifier un incident majeur lié aux TIC au titre de DORA.
Comment Acuna GRC s’en charge
- Module
Protection des données
Activités de traitement, inventaire et flux de données, AIPD, DPA, TIA, demandes des personnes concernées et violations, avec un portail de confidentialité public.
- Solution
RGPD
Respectez le principe de responsabilité du RGPD : registre de l’art. 30 à jour, AIPD de l’art. 35 et la preuve que chaque demande et violation a tenu son délai.
- Service
DPO externalisé
Un DPO externalisé avec des experts suisses : registre des traitements, AIPD, demandes d’accès et violations gérés dans Acuna GRC, pour le RGPD et la nLPD.
Sources
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), articles 4 (point 12), 33, 34 et 83 (paragraphe 4)
- Lignes directrices 9/2022 du CEPD sur la notification des violations de données à caractère personnel, version 2.0
Cette page explique les règles en termes généraux et ne constitue pas un conseil juridique.
Questions fréquentes
Les week-ends comptent-ils dans les 72 heures ?
L’article 33 fixe la limite à 72 heures après la prise de connaissance, sans exception pour les week-ends ni les jours fériés. Le CEPD renvoie au règlement n° 1182/71, les règles de l’UE sur les délais, les dates et les termes, pour la manière de compter ces délais. Organisez vos astreintes en conséquence.
Un sous-traitant peut-il décider qu’une violation n’est pas à notifier ?
Non. Le sous-traitant doit signaler toute violation au responsable du traitement dans les meilleurs délais, selon l’article 33, paragraphe 2. Le CEPD précise qu’il n’a pas à évaluer le risque au préalable : c’est le responsable du traitement qui décide de notifier l’autorité et les personnes concernées.
Quelle amende s’applique en cas de défaut de notification ?
Les manquements aux articles 33 et 34 relèvent de l’article 83, paragraphe 4, point a) : amendes administratives pouvant s’élever jusqu’à 10 000 000 EUR ou, pour une entreprise, jusqu’à 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial total de l’exercice précédent, le montant le plus élevé étant retenu.
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